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Franz Weber se souvient de Simone Chevallier

Pendant une dizaine d'années, au temps où il était journaliste et écrivain, Franz Weber a partagé la vie de Simone Chevallier, éminente poétesse et romancière. En préface à la réédition de Celle qui aima Jésus, le grand défenseur de la nature et de la culture a consigné des souvenirs pleins de sève sur cette personnalité hors du commun.

Pendant une dizaine d'années, au temps où il était journaliste et écrivain, Franz Weber a partagé la vie de Simone Chevallier, éminente poétesse et romancière. En préface à la réédition de Celle qui aima Jésus, le grand défenseur de la nature et de la culture a consigné des souvenirs pleins de sève sur cette personnalité hors du commun.

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Simone était Lyonnaise, issue d’une grande famille catholique. Dès son jeune âge, elle avait été déchirée entre la foi et la sensualité. Dans son passionnant roman « La Ville aux deux fleuves », elle a raconté en partie son émancipation spirituelle. De même, dans « L’Ami des vacances » , publié avant guerre, elle fait le récit d’une aventure qui est bien plus qu’une aventure. La chair et l’esprit, toujours inextricablement mêlés. Comme Simone, mais un peu plus tard, Lucien Rebatet avait écrit un grand roman sur Lyon : « Les deux Étendards » . Rebatet était fou amoureux de Simone, mais elle s’en moquait éperdument. Elle était le modèle, en moins extrême, du personnage d’Anne-Marie, déchirée entre le mysticisme et une sexualité dévorante.
A dix-huit ans, elle avait décidé de partir pour Paris. Son père lui avait dit : « Tu ne peux quitter la maison que si tu te maries. » Du coup, elle s’est mariée avec un copain ! Cela n’a pas duré très longtemps… Par la suite, elle a épousé le prince Paul Mourousy, grand esthète parisien, qui éditait « Les Cahiers d’Art et d’Amitié ». Elle était l’enfant terrible de sa famille : elle se consacrait à la poésie alors qu’autour d’elle on soignait les carrières et les alliances de poids. Malgré cela, son père lui versait une rente, qu’on lui a supprimée dès la mort de celui-ci. Elle se débrouilla même sans cela. Sa famille fortunée se méfiait d’elle parce que, à leurs yeux, elle ne savait pas conserver l’argent. Émancipée, indépendante, profondément mystique, elle était en même temps, et tout naturellement, très féministe. Elle disait : une femme, pour réussir, doit être dix fois plus intelligente qu’un homme. Excellente conférencière, elle mettait son talent à profit pour défendre l’émancipation des femmes. Tout en étant très libre, elle était d’une grande pureté. Elle ne s’est jamais vendue, en rien. Jamais elle n’a écrit un mot, un vers, qui allait contre sa pensée. Elle avait horreur des intellectuels et des matérialistes — qu’elle mettait du reste dans le même sac.
Une voyante lui avait dit : « vous devrez toujours nager pour garder la tête hors de l’eau ». C’était un peu ça : elle avait un talent fou, remarquable. Mais probablement ne devait pas réussir de son vivant. Finalement, ses livres ont été publiés. Le premier, « L’Ami des Vacances » a failli avoir le Fémina. On voulait en faire un film, avec de grands acteurs : raté au tout dernier moment ! Puis « La Ville aux deux Fleuves » , chef-d’œuvre occulté… Elle avait convaincu de grands éditeurs, pourtant. Elle travaillait d’arrache-pied. Toujours un succès de qualité et d’estime, jamais le succès de librairie et de grand public.
« Je suis entrée en poésie comme en entre en religion » , disait-elle. Ce n’était pas un cliché, c’était son credo : elle cherchait la poésie, partout et toujours. Dans sa manière de vivre, de ressentir, d’aimer. Dans la nature. Les ballades dans la nature, avec elle, étaient un enchantement. Elle les décrivait en poète. Elle voyait des choses que les autres ne voyaient pas. Toujours entière.

Nous avions le même credo : rester entier, célébrer le Créateur au travers de toutes ses créatures. On se comprenait à la perfection, c’est ainsi qu’on est resté dix ans ensemble. Elle avait pourtant vingt ans de plus que moi. Parce que nous vivions la pureté dans les intentions. Dans tout ce que nous faisions et disions, nous recherchions la hauteur, l’âme.
Simone fut incomprise en son temps, engoncé dans les rites, les usages pétrifiés et les certitudes religieuses ou politiques. Elle a écrit pour la postérité, pour un temps de doute et de recherche individuelle. Son temps est le nôtre. Intégrant organiquement la tradition, elle avait développé une spiritualité à l’écoute de tous. Une spiritualité simple, naturelle, pas intellectuelle. Elle traduit d’une manière intelligible à tous le message d’amour du christianisme. Son livre « Celle qui aima Jésus » et de la voyance. L’expression de l’amour véritable, de l’amour en soi. »

Franz Weber